Tout savoir sur le Passage 57, cette adresse culte de la rue de Béthune à Lille

La rue de Béthune est, pour tout Lillois qui se respecte, l'artère incontournable du shopping et des virées du samedi après-midi. Mais si les grandes enseignes nationales et internationales s'affichent aujourd'hui fièrement sur ses façades, un lieu un peu plus caché, un peu plus brut, a longtemps incarné l'âme alternative, rock et indépendante de la capitale des Flandres : le Passage 57.

Véritable capsule temporelle pour les générations des années 90 et 2000, cette galerie marchande couverte n'était pas un simple lieu de passage, mais un point de ralliement identitaire. Histoire, souvenirs, déclin et métamorphose : zoom sur une adresse absolument culte.

L’Âge d’Or : le temple de la culture alternative lilloise

Là où les centres commerciaux classiques proposaient une expérience standardisée, le Passage 57 cultivait un style décalé, un peu underground et farouchement indépendant. C'était l'endroit où les adolescents et les initiés venaient chercher ce qu'on ne trouvait nulle part ailleurs dans la métropole.

La galerie s'est forgé une réputation légendaire grâce à des commerces emblématiques :

  • San Diego (et ses Santiags) : c'était l'adresse phare. On venait de toute la région, et même de Belgique, pour y acheter de véritables bottes américaines et des santiags en cuir. Un lieu de pèlerinage pour les rockeurs et les amateurs de style western.
  • Les studios de piercing et tatouage : le passage obligé de milliers de jeunes Lillois venus s'offrir leur premier piercing sous l'œil un brin inquiet des parents.
  • Le temple des marques cultes : de Scandale (la référence des bijoux fantaisie et accessoires gothiques/rock) aux corners de fringues comme Freeman T Porter ou les mythiques Dr. Martens, le look alternatif de la jeunesse lilloise s'est dessiné ici.
  • Le rituel du week-end : à l'étage du Passage 57 se nichaient deux institutions de la restauration familiale : un immense Flunch et un Pizza Paï. Emprunter l'escalator central sous les néons pour aller y manger le mercredi ou le samedi après une session shopping était un véritable automatisme pour les familles et les bandes de copains.

Une architecture et des volumes surprenants pour le Passage 57

Le Passage 57, c'était aussi une identité visuelle marquante. On se souvient de ses néons suspendus à l'entrée - « Passage » en rouge et « 57 » en blanc - qui brillaient de manière un peu désuète sur la rue de Béthune.

Derrière une entrée plutôt étroite, la galerie se déployait sur des volumes impressionnants :

  • Rez-de-chaussée : ~ 2 500 m², une trentaine de cellules pour petites boutiques indépendantes et décalées
  • Premier étage : 1 400 m², les pôles de restauration (Flunch, Pizza Paï) accessibles par escalators

Les années sombres : le spectre de la « ville fantôme » à Lille

Le déclin s'est amorcé au début des années 2010. Petit à petit, la fréquentation de la rue a évolué, les chiffres d'affaires ont baissé et les cellules commerciales ont commencé à se vider les unes après les autres, sans jamais être remises en location.

Une longue et douloureuse bataille juridique s'est alors engagée entre les derniers commerçants indépendants « survivants » et la SCI propriétaire des murs. Les locataires accusaient le bailleur de laisser délibérément la galerie péricliter - néons éteints, escalators coupés, baisse des rideaux dès 19h15 - afin de décourager le dernier carré d'occupants. L'objectif suspecté ? Vider intégralement l'espace pour pouvoir restructurer ce immense plateau immobilier et le louer d'un seul bloc à une multinationale ou une grande chaîne de fast-food au portefeuille solide.

Pendant de longues années, le Passage 57 a ainsi pris des allures de décor de film post-apocalyptique, où seule la radio d'ambiance continuait de résonner bizarrement dans des couloirs sombres et déserts.

Le Passage 57 aujourd'hui : une profonde métamorphose

Si la joyeuse effervescence rock 'n' roll des années 90 appartient désormais aux souvenirs nostalgiques, le 57 rue de Béthune a entamé une nouvelle vie en phase avec son époque.

Le virage hôtelier : une grande partie de la structure et des étages supérieurs a été réhabilitée pour accueillir le Lille City Hôtel. Avec ses 114 chambres modernes, il offre une seconde vie touristique au bâtiment.

La mutation des espaces commerciaux : le rez-de-chaussée fait l'objet de restructurations lourdes. Des plateaux bruts de plus de 1 200 m² (divisibles) ont été remis sur le marché de l'immobilier d'entreprise pour accueillir de nouveaux concepts, de grandes enseignes ou du tertiaire.

Le Passage 57 a perdu son parfum de rébellion et ses boutiques de piercings, mais il a réussi à éviter l'abandon total. Pour les trentenaires et quarantenaires de la région, chaque passage devant cette entrée mythique de la rue de Béthune continuera d'évoquer l'odeur des frites du Flunch, le cuir des Santiags et une certaine idée de l'indépendance lilloise.

Plus de photos et d'images de la Galerie 57 à Lille

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